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No 95
journal du sappel / mars 2016 journal du sappel Télécharger le journal au format PDF

Une histoire de famille (1/3)

Religieux séduit par l’engagement de Jésus avec les pauvres, Manu crée un groupe du Sappel en Belgique en 1991.

Lors d’un souper de Noël dans une paroisse, il rencontre une famille qu’il invite à participer à leurs réunions.

En 24 ans, Johnny, Sylvie et leur fils, José, sont devenus pour lui des amis riches d’humanité, de foi et d’amour. Il nous propose de lire leur témoignage que nous découvrirons sur trois numéros du journal du Sappel.

 

1° EPISODE

Un couple qui s’aime.

 

Le 25 septembre 2012, à l’occasion de leur vingtième anniversaire de mariage, Johnny et Sylvie ont invité quelques amis à partager avec eux un gâteau. José, leur fils, offre à sa mère quatre cassettes de chansons qu’il a recopiées et un disque d’un ancien chanteur français qu’elle apprécie. Johnny, debout prêt à servir, les regarde avec bonheur. Sa femme lui fait écouter une chanson qu’il aimait particulièrement il y a 20 ans :

« Quand je vois tes yeux, je suis fou de joie, je suis fou de toi… »

Il est ému, rit, et raconte que le jour de leur première rencontre dans le bus, le chauffeur a freiné brusquement pour qu’il se serre contre elle, ce qu’il a fait avec empressement…

Des enfances blessées Johnny et Sylvie (noms d’emprunt) vivent dans une cité en Belgique. Septième d’une fratrie de vingt et un, Johnny a été placé avec ses 3 frères et 2 sœurs en institution par ses parents. Entré à 4 ans, il y est resté au-delà de sa majorité, jusqu’à 25 ans, parce qu’il y était bien. « Je ne me sentais pas capable de vivre seul. Mes frères n’aimaient pas le règlement, moi bien… Chaque soir, il y avait une réunion de discussion de tout sur la vie. J’écoutais tout.»

 

Il n’a pas connu son père et en a voulu longtemps à sa mère d’avoir été placé. Il finira par lui pardonner la veille de son mariage.

 

Cinquième d’une famille de 9 enfants, Sylvie entretient une relation conflictuelle avec sa mère, divorcée, à qui elle reproche de l’avoir placée. Elle découvre tardivement - alors que son propre fils est adolescent - que l’homme qui l’a élevée avec ses frères et sœurs n’est pas son vrai père. Le choc est tel qu’elle coupe la relation, puis la renoue par gratitude : « c’est normal : il m’a reconnue et m’a élevée comme ses autres enfants. ». Elle le fait d’autant plus aisément que Johnny s’entend très bien avec son beau-père.

 

Elle perçoit une pension d’invalidité et lui, après quelques années de travail avant son mariage

et après de nombreuses années sans emploi, il a trouvé un travail provisoire dans un atelier protégé.

Parallèlement, il entreprend avec succès un parcours pour lire et écrire. Ils ont un fils unique, José, né en 1982, qu’ils ont élevé dans la foi chrétienne. Ils se sont battus pour qu’il ne soit pas placé ; malgré leur difficulté de travail et de logement, ils y sont arrivés.

 

Naissance d’un amour

Lorsque Manu lui demande pourquoi il a aimé Sylvie de préférence à une autre femme plus belle et riche, Johnny répond : « elle était malheureuse ». Lui qui a manqué d’amour se demande comment il a été capable d’aimer…

« A l’institution, je priais souvent Dieu de me donner une femme et un fils, et voilà qu’à peine sorti, à 25 ans, je rencontre Sylvie chez une de ses copines, où je ne voulais pas aller. Nous avons parlé ensemble des difficultés de notre enfance. J’ai senti aussitôt qu’elle allait être ma femme. Je lui ai dit. Elle a sursauté. Elle ne le voulait pas. Et elle l’est devenue ! »

Sylvie poursuit : « Après un mois, nous nous sommes revus ; nous avons décidé de demander à nos parents l’autorisation de nous marier. En effet j’étais mineure. Mon père voulait prendre des renseignements sur Johnny. Après une semaine d’attente, il n’a pas voulu. » « Nous sommes allés trouver le juge puisqu’on dépendait de lui, poursuit Johnny, il nous a permis de vivre ensemble en attendant les 21 ans de Sylvie. Le juge a donné rendez-vous à nos parents. Il leur a demandé d’accepter que nous nous mariions. Ils ont refusé. Mais comme on était malheureux dans nos familles, nous avons décidé d’avoir un enfant et nous avons vécu dans une chambre d'hôtel… »

Leur fis unique José naît un an plus tard, en 1982, ils se marient alors civilement. Douze ans après, le 7 mai 1994, iIs célèbrent leur mariage religieux. Un mariage de conviction

 

« Le 24 décembre 1993, j’ai fait ma première Communion, témoigne Sylvie, alors j’ai compris que, pour être plus près de Dieu, nous devions nous épouser et faire devant le Seigneur la promesse de nous aimer pour le meilleur et pour le pire". Johnny le désirait aussi. La célébration de leur mariage se déroule dans une chapelle proche de la cité où ils habitent.

Une petite assemblée très joyeuse de treize personnes accueillie par le curé de la paroisse les entoure :

deux voisines et leur ami Richard qui sont leurs témoins, quelques amis, une religieuse proche du Sappel, Manu et un autre religieux de sa communauté.

Au moment où leur fils José présente les alliances, Manu répète les paroles qu’il avait dites spontanément avant le mariage: «C’est moi qui vais vous attacher l’un à l’autre. » Sylvie lit la prière des époux qu’ils ont composée ensemble :

« Merci mon Dieu de nous réunir, nous deux et notre fils José, avec des amis aujourd’hui ! Merci pour notre mariage ! Merci de nous avoir aidés à sortir de l’angoisse de nos malheurs passés ! Merci pour José que tu nous as donné ! Garde-le toujours aussi gentil ! Aide-le à bien préparer sa grande Communion ! Aide-nous à tenir le plus possible ensemble dans l’amour ! Veille sur nous ! Que rien ne nous sépare, aucun des trois ! Quand nous avons des problèmes, donne-nous la force de nous encourager l’un l’autre à les résoudre ! Amen. »

Ce jour-là Johnny révèlera à Manu le secret de la longévité de leur couple : La confiance !

 

Pourquoi eux ? Un jour, une des sœurs a demandé à Sylvie : « Les ménages de tes sœurs se sont séparés et toi non. Comment faites-vous ? ». Elle a répondu aussitôt : « C’est un secret entre Dieu et nous.»

 

Dans une conversation entre amis, Johnny s’étonnait d’être le seul de sa fratrie à avoir maintenu son foyer. Richard a reconnu que sa femme l’avait mis à la porte parce qu’il n’avait pas été capable de cesser de boire. Johnny a répondu qu’il avait sauvé son couple parce qu’il avait renoncé à la boisson depuis la naissance de leur fils. Ça avait été dur mais il avait tenu bon sans quoi il savait qu’ils se seraient séparés et que leur fils irait en foyer. A ses frères qui lui demandaient comment il s’y était pris, il a répondu : « Je l’ai voulu et j’ai prié alors Dieu m’a aidé ».

 

Un autre jour, Sylvie témoigne au nom de son couple, dans l’espace de prière du Sappel : « Avec le petit, on ne mangeait pas toujours à notre faim car il fallait du lait, de l’eau en bouteille et des langes. Mon mari a arrêté de boire pour sa famille, avec mon aide et l’aide de notre enfant. »

Leur voisine de palier dira aussi à Manu : « Ils ne se quitteront jamais, car ils ont trouvé un lieu hors du monde qu’ils ne laisseront pour rien. Johnny n’est pas idiot : il refuse de continuer à aller jouer aux cartes chez leurs copains parce que l’homme boit et veut le faire boire. Ils ne vont pas chez les autres et n’invitent pas les autres chez eux car ils se rendent compte que les problèmes viennent souvent par les autres. »

Pour les mêmes raisons, ils refuseront de fréquenter certains membres de leur famille tant qu’ils boivent. Pour le pire et le meilleur.

Dans une réunion d’échanges sur le thème « Comment grandir dans l’amour en couple ?», Johnny déclare : « Pour rester unis, il faut qu’on fasse confiance à l’autre, et pas faire des trucs pour tromper sa femme ou son mari, mais être fidèle l’un à l’autre. »

 

Manu a été surpris qu’à diverses occasions Johnny lui ai dit : « J’ai promis fidélité à Sylvie pour toujours devant son père ». Et qu’en écho Sylvie ait affirmé : « Moi, j’ai promis fidélité à Johnny pour toujours devant sa mère. ». Et aussi : « On a fait une promesse, ma femme et moi : si elle meurt avant moi, je ne me marierai plus. Si je meurs avant elle, elle ne se mariera plus. » Il en va de même pour Sylvie :" On se l’est promis, car à la mort, c’est une nouvelle vie ! » Lui est un fan de Johnny Halliday, qui change constamment de femme, mais regrette son premier amour avec Sylvie Vartan, qui l’a quitté. Il dit que Johnny a beaucoup d’argent, de femmes mais n’a pas trouvé l’amour comme lui qui est pauvre.

 

Au cours d’une période difficile, où Sylvie, tous les jours fatiguée, ne faisait rien à la maison, Johnny, démoralisé, a répondu au médecin qui lui demandait comment il supportait la maladie de sa femme: « Je me suis marié pour le pire et le meilleur ! »

 

Pendant les retraites spirituelles du Sappel, qu’ils ont suivies pendant plusieurs années, ils ont pris l’habitude de ne pas rester ensemble pour aller avec les autres participants. Une animatrice a été émue par le rayonnement de leur amour mutuel dans le groupe. Ce jour de leur vingtième anniversaire de mariage, Johnny dit à Manu : « Sylvie m’a dit ce matin que si on est arrivé à vingt ans de mariage, c’est à cause de Dieu qui nous protège. On ne le voit pas, mais il y a quelque chose qui nous encourage. »

Avant de partager le gâteau, ils invitent leurs amis à remercier Dieu : « Sans Dieu, nous ne serions plus ensemble ! Sans Dieu, nous ne pouvons rien faire. » Puis, il propose de dire ensemble un Notre Père. Sylvie a déjà allumé une cigarette, mais s’associe en silence à la prière, comme d’habitude, tandis que José donne la main à Manu…

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