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No 80
journal du sappel / Février 2011 Journal Télécharger le journal au format PDF

Face aux précarités, l’Evangile nous presse !

« Toute l'Eglise tend à promouvoir le développement intégral de l'homme quand elle annonce, célèbre et oeuvre dans la charité » Le diocèse de Grenoble invite ses paroisses à s'engager dans cette mission. C'est ainsi que la paroisse Charles de Foucauld de Pont de Claix-Echirolles a demandé au Sappel de les aider à organiser une journée dans ce sens. Elle était déjà très engagée avec les immigrants sans papier, mais elle voulait réfléchir à la présence des personnes en précarité qui habitent la commune, et leur place dans la paroisse, comment les accueillir ? Nous avons été très touchés par la profondeur de leur recherche.

Ce fut l'occasion de réunir les associations déjà engagées dans la solidarité: Activ Présence, une branche de Fondacio, Foi et Lumière, La Ruche, Secours Catholique, collectif Handicap de Claix, Equipe lumière, Africains...

Pour démarrer la journée nous avions donné l'idée de commencer une tapisserie. Chaque participant a été invité avec deux autres personnes à faire une tresse à trois brins qui a été ensuite insérée dans la trame. Au fil des rencontres la tapisserie va grandir symbolisant le tissage de la fraternité.

« C'était une invitation à ce que tous les fils entre nous, fils cassés, fils fragiles, retrouvent leur couleur et leur force. » a souligné le prêtre dans son mot d'accueil.

Des témoignages 

Trois personnes du Sappel ont introduit la journée:

Notre vie de galère : « Le regard des gens nous pèse, on se sent vite déconsidéré par le mépris et les paroles blessantes, la honte nous colle à la peau » ;

Nous avons la foi et l'Eglise est importante pour nous : « Quand on est seul on a du mal à se raccrocher à Dieu, on n'a plus rien, on désespère. Avec d'autres on peut prier, ça donne du courage, cela soulage la tête et Jésus travaille le cœur »

Ce nous vivons avec le Sappel : « Pour nous c'est comme une famille, on ne donne pas d'argent, pas de vêtements, mais on se donne beaucoup d'amour. »

Ce fut un moment intense, passée au creuset de la souffrance, ces paroles étaient fortes, et chacun était fier de s'adresser à un public de plus de 200 personnes. Une paroissienne, qui avait été il y a quelques années, jeune animatrice au Sappel est venue féliciter une des femmes qui avait témoigné : « Je ne te reconnais pas, avant tu étais toute timide, on entendait jamais le son de ta voix et aujourd'hui je te vois parler à la foule avec assurance. »

 Les groupes de partage

Avec la question :Est-ce que je rencontre des personnes en situation de précarité qui ont du mal à trouver leur place dans nos quartiers, dans nos communautés chrétiennes , et qu'est-ce que j'apprends d'elles ?

Les groupes étaient mélangés : variété d'une paroisse, mais aussi de nombreuses personnes en difficulté. Beaucoup ont parlé de la peur de la rencontre. Il n'est pas facile d'aller spontanément vers l'autre, cela demande du courage. Mais quand le premier pas est fait, il y a beaucoup de joie : « A la boulangerie, il y avait un homme costaud qui mendiait. Au lieu de lui donner la pièce, je lui « ai tendu la main », je lui ai proposé de m'aider au jardin et cela a été le début d'une longue histoire. C'était un ROM, je l'ai aidé à faire ses papiers. Il habite toujours une cabane dans les bois. Je suis impressionné par son courage, sa bonne humeur, sa capacité de ne pas se laisser abattre par les difficultés. Cela m'a remis en question, et j'ai mesuré que ma capacité d'accueil avait des limites. Avec ma femme, il y a eu des difficultés, car elle était plus craintive que moi, et cela m'a obligé à être plus prudent. Notre relation a été mise à l'épreuve, mais finalement je m'aperçois que la confiance dans le couple a grandi».

Les gens en précarité attendent toujours quelque chose de nous : « un bonjour », qu'on leur tende la main, mais on a peur de s'engager, de ne pas savoir où cela va nous mener. Une personne qui a connu beaucoup de difficultés réagit alors avec force : « Ca va nous amener là (en montrant la croix), ça va nous mener sur le bois de la croix !»

La collaboration avec les grandes associations caritatives.

On a trop tendance à se décharger sur elles. Nous devons nous aussi prendre notre part, mais en collaboration avec elles : pour prendre conseil, pour assumer des problèmes qui nous dépassent (Logement, santé...).

Ce fut une journée très forte, car on sentait que chacun acceptait sincèrement de se poser de vraies questions et de s'engager à faire un pas en avant, de ne pas être seulement dans le dépannage, mais dans la vraie rencontre avec la personne en difficulté.

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