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Moi, je viens à la messe pour apprendre à partager

Publié le : 28 avril 2026

Lors d’une journée de halte-spirituelle à Challes-les-Eaux avec des personnes en situation de précarité, nous célébrions l’eucharistie avec un ami prêtre. Au cours de l’homélie, il eut à cœur de nous rapporter ce témoignage qu’il tenait de l’un de ses confrères, Michel Pinchon, prêtre qui revenait d’un séjour au Brésil.

Ce jour-là, Ricardo, le prêtre de la paroisse m’avait emmené avec lui jusqu’à l’hôpital, pour visiter les malades. Cet hôpital était une simple maison où beaucoup venaient mourir, de ce que l’on appelle la déshydratation, pour ne pas dire de faim. Le Nordeste brésilien vivait une terrible sècheresse. Les familles, assemblées autour de petits lits, nous demandèrent avec insistance de baptiser leurs enfants avant qu’ils ne meurent.

Nous sommes rentrés au presbytère, la tristesse au cœur, tout en visitant d’autres quartiers, d’autres malades, en partageant ce qui peut rester d’espérance en pareil cas.

Le soir, la communauté se rassembla pour la messe. Dans la petite chapelle, surchauffée de soleil, les gens s’étaient entassés pour partager l’eucharistie. Ricardo m’avait demandé de célébrer la messe.

Il y eut la lecture de l’évangile : « Ne vous inquiétez pas de ce que vous mangerez ni comment vous vous vêtirez… Regardez les oiseaux du ciel, ils ne sèment ni ne moissonnent … et Dieu les nourrit… Cherchez d’abord le Royaume de Dieu et sa justice et tout cela vous sera donné par surcroît… » (Mt 6, 25)

En entendant ces paroles de Jésus, je me suis senti honteux, devant ce peuple menacé par la mort et je me demandais quel commentaire Ricardo allait faire. Après avoir fermé le livre des lectures, il dit simplement : « Ce soir nous avons parmi nous un ami français. C’est lui qui va nous expliquer cet évangile. »

J’ai rarement été aussi malheureux. J’ai demandé un moment de silence pour calmer mon angoisse et préparer quelques mots.

Au Brésil, les chrétiens n’ont pas peur de demander la parole au moment de l’évangile. À l’instant même où je me levais pour parler, un homme leva le doigt au milieu de l’assemblée. Il vint auprès de moi et se tourna vers ses frères. Je n’oublierai jamais ses paroles.

« Ces mots de l’évangile sont les plus vrais pour nous aujourd’hui. Si nous étions préoccupés de ce que nous allons manger et boire demain, nous serions déjà en train de nous battre, de nous voler les uns les autres le peu qu’il nous reste ; mais parce que nous avons décidé de chercher d’abord le Royaume de Dieu et sa justice, nous avons décidé de tout partager jusqu’à la fin. »

La fin de la messe fut aussi pour moi une grande leçon. Après l’envoi, la chapelle connut une activité incroyable. L’autel se transforma très vite en comptoir d’épicerie, parce que quelques-uns avaient apporté des vivres et qu’il fallait les répartir entre les familles. Pendant ce temps, dans un autre coin, on essayait des vêtements fournis par une famille. D’autres encore avaient apporté des herbes pour soigner toutes sortes de maladies. Une femme me disait :
« Moi je viens à la messe pour apprendre à partager ».

Jean-Michel Lopez-Dubeuf, Le Sappel – Chambéry

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